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Cela fait longtemps que je désire écrire sur les raisons de mon positionnement quant à mon éloignement des méthodes dites « étho ». Il y a 3 ans, j’étais encore fervente disciple de la méthode Parelli, mais Pakita m’a obligé à une autre réalité.

Loin de moi l’idée de dénigrer cette pratique. Les méthodes dites « étho » ont été pour moi (Je pense que Pakita s’en serait bien passé … ) un formidable tremplin à un moment où je désirais quitter le monde de l’équitation club avec mors et éperon utilisés à la sauvage. Ce formidable tremplin m’a tout de même fait réaliser qu’un cheval pouvait proposer et réfléchir, ce qui était déjà énorme par rapport à  l’enseignement « mobylette » que je connaissais depuis l’âge de 9 ans.

Cependant actuellement, l’étho est un moyen trop souvent  détourné de placer son autorité dictatoriale transposée d’une attitude contraignante visible à une attitude sournoise de contrôle et de domination invisible. Quelle différence pour le cheval ?

A l’époque, la mode de l’étho tombait à pic. D’autant que la dynamique de groupe dans laquelle j’étais  à l’époque poussait  aux défis et à se surpasser toujours plus. C’était sympa !! … mais sympa pour qui ?

On m’avait dit que Pakita était dominante (cerveau gauche extraverti) donc son agressivité me semblait normale …  Je pouvais jouer de la baguette sans scrupule puisque c’était un carrot stick et que je « touchais », que je ne frappais pas.  Je pouvais exiger vu que j’avais le pouvoir du bâton orange (ben ouais ! le mien est vieux … il est dans son jus et moche ! )

Un léger mieux dans le comportement de Pakita se laissait entrevoir. Elle ne mordait plus, n’attaquait plus en jetant les antérieurs toutes dents sorties… elle se contentait de me faire face et de faire son air de chameau oreilles dans les crins, de faire des démarrages sur le cul galop ventre à terre en réponse à mes demandes… y avait du progrès, mais pour une jument dominante, normal, elle contestait mon autorité  !! lol

Et puis, tout ça me rassurait et s’accordait à merveille avec mon apprentissage club. J’étais encore dans cette idée que j’avais une jument qui testait mon autorité… point barre ! Normal en somme lorsque l’on est persuadé que les chevaux se lèvent le matin en se demandant quel humain il va pouvoir faire chier dans sa journée :p

Jusqu’au jour où j’ai débarqué sur une autre planète, une autre réalité… j’ai rencontré Bénédicte Potier. Pour la petite histoire, je m’étais affublée pour l’occasion  de mon dernier pantalon d’équitation qui traînait au fond de mon armoire, de mes chaps dépoussiérées et cirées pour l’occasion  et de mes bottines  pour faire un peu plus « vrai cavalière » lol Quand même, Bénédicte avait été formé dans la sélect écurie de dressage du coin … faut pas déconner… ho !

Et la fameuse phrase : « c’est bien ce que vous faites mais ta jument est trop codée » … sic ! …. 3 ans a digérer et comprendre cette petite phrase…

Mince alors, moi si fière du petit niveau sympatoche que l’on commençait à avoir dans les exercices dont le Monsieur parle dans la chouette vidéo alléchante…  Fière également d’avoir le dessus sur mon monstre équin ! Et j’avais acquis la technique du geste …. On  commençais à s’éclater… enfin … JE …

Mes belles certitudes  équestres durement acquises en quelques dizaines d’années à user mes fonds de culottes s’écroulaient et n’ont cessé de s’écrouler depuis ces 3 dernières années pour le bonheur de Pakita et du mien bien entendu.

Puis, ma prof nous a mises sur la voix d’une grosse remise en question concernant la fameuse notion de dominance indispensable si on ne veut pas se faire bouffer tout cru. Avec toute la diplomatie que je lui connais, elle nous a laissé faire notre chemin, ayant totalement conscience que Pakita saurait me montrer que ses intentions n’étaient pas belliqueuses. J’étais loin d’imaginer que mon monstre contestataire allait être capable de devenir un amour de jument dont l’attention va grandissante chaque jour un peu plus.

Venons en aux faits …

Ma prof a mis le point sur la locomotion lamentable de Pakita. Lamentable, pas uniquement dans le sens, c’est une jeune jument (pas si jeune que ça à l’époque), elle n’a pas d’équilibre, elle est sur les épaules, elle ne sait pas travailler autrement que le dos creux et les postérieurs à la traîne…. Limite, tout ça, c’est la normalité qu’une majorité de cavaliers connait et normalise…   mais surtout sur le fait que Pakita était littéralement handicapée des postérieurs (surtout le droit) du fait d’une dissymétrie naturelle renforcée par l’accident qu’elle a subi avant qu’elle n’entre dans ma vie. Son énergie impulsive était bloquée dans les sabots. Elle refusait par peur de la douleur, d’engager.

En y regardant de plus prêt, en effet, elle boitait du postérieur droit, creusait son dos, mais également son rein par douleur prononcées latentes et permanentes au niveau de son bassin. Comment ai-je pu ne pas le voir ? … Moi qui accordait ses refus à sa dominance.

Il est triste de constater que seulement une poignée d’enseignants ont un oeil suffisamment connaisseur pour déceler une locomotion défectueuse… quelle tristesse…

Cette révélation m’a fait redescendre brutalement du petit piédestal confortable de parellienne avertie. Grosse prise de conscience, je ne savais même pas reconnaître un cheval dans une locomotion normale.

Prise de conscience également que même du travail à pied reste des exercices dont le cheval se passerait bien. L’alléchante facilité des phases transforme facilement n’importe quel cheval (sauf Pakita) en gentil petit soldat, peu importe le dialogue qu’il nous tient pour tenter de nous dire que nos demandes lui sont malpolies,  inconfortables, voire douloureuses.

TERMINES les désengagements sauvages à toutes les allures, les déplacements des épaules en creusant le dos, les reculers le nez en l’air et le dos creux… ce dont Pakita avait besoin, c’était un travail sur le plat similaire à un cheval de dressage, avec le moins de lignes courbes possible pour travailler sur sa rectitude longitudinale dans un premier temps,  lui faire découvrir que son dos (alors douloureux) pouvait l’aider à soulager ses membres et chacune de ses articulations rouillées,  lui faire découvrir qu’il serait plus confortable pour elle de se mobiliser autrement que le nez en l’air… bref ! vous voyez où je veux en venir, tout le contraire de ce que propose les méthodes étho et qui de surcroit nous pousse à exiger un mouvement coûte que coûte à grand renforcement de phases… sinon c’est de la contestations ….

Combien de nos chevaux sont capables de réaliser un reculer, un désengagement, un DL sans creuser le dos avant d’y avoir été préparé par un entrainement adapté dans les règles de l’équitation française de tradition ?  ? très peu… soyons réalistes. Que cela soit du travail au licol ou du travail de dressage, un DL reste un DL, un reculer reste un reculer … Et chacun de ces mouvements imposé dans une mauvaise attitude ruine jour après jour les articulations sans réparations possibles …

J’ai donc appris la compassion et j’ai réalisé que mes « jeux » n’étaient pas perçus comme tels par Pakita. Je ne m’étais pas rendu compte que son agressivité, que ses refus, que mes demandes mal exécutées n’étaient qu’un désir de sa part de me communiquer ses douleurs, ses blocages, ses peurs (même) de l’être humain présomptueux que j’étais devenue sous la bonne conscience de « faire de l’étho ». Et pour qu’elle monte si fort en communication, c’est qu’il y avait urgence à se faire comprendre. On frôlait l’appel au secours.

ET ne croyez pas qu’un cheval qui fait est un cheval qui peut faire …  c’est oublier son immense bonne volonté à nous faire plaisir.

Nous avons donc débuté sa rééducation physique via le travail en extension d’encolure en longe car elle n’était pas capable de porter un cavalier sans douleurs. Une chose après l’autre, il fallait la soigner avant de penser à travailler montée. On aurait pas l’idée de  s’entraîner avec des douleurs partout affublé d’un sac à dos de montagnard… et pourtant…

J’ai eu beaucoup de mal à me décrocher de l’idée qu’un cheval veut nous dominer. Et encore plus peut être à quitter la facilité alléchante de mettre un cheval au doigt et  à l’oeil grâce à une méthode toute écrite. Mais de mois en mois ma jument s’est métamorphosée, non seulement physiquement, mais également mentalement.

Peu importe la discipline choisie par le cavalier pour son cheval, un cheval reste un cheval. Peut importe les rêves que nous avons, de CSO, de dressage, d’équitation au licol, de spectacles, de numéro épatants…  nous sommes tous  responsables de la santé physique et mentale de nos chevaux. Il est de notre responsabilité de le préparer physiquement à nos rêves.

Un cheval ne « joue » pas à mobiliser son corps sous prétexte qu’on fait de « l’étho ». Ce terme commercial ne veut rien dire pour lui.  Il ne peut juste faire qu’avec ce qu’il a été préparé à faire par son humain et par ce que  dame nature lui a donné comme acquis en terme de rectitude et d’équilibre.

Il ne naît pas pour assouvir notre ego humain.  Il naît pour être un cheval broutant au pré et ayant des rapports sociaux avec ses congénères. Il n’a que peu faire de nos clowneries épatantes pour avoir un « level ».

Le désengagement  exige le report de poids sur les postérieurs et l’assouplissement préalable des articulations coxo- fémorales pour être réalisé sans dégâts irrémédiables.

Les déplacements latéraux exigent de l’équilibre, une musculation adéquate. Si vos chevaux « trichent » et se mettent de travers, ils ne le font pas par désobéissance, c’est qu’ils ne sont pas prêts physiquement à vous faire ce petit plaisir.

En licol, votre cheval a le nez en l’air… c’est qu’il ne sait pas se mobiliser en utilisant son dos et qu’il travaille tout simplement à l’envers. Il fait ce qu’il peut faire et ce que ses ligament nuchal et supra épineux, ainsi que les muscles du dos et de l’encolure,  lui permettent de faire dans la limite de sa souplesse longitudinale.

Votre cheval ne veut pas reculer. Peut-être n’a-t-il pas compris. Le reculer n’est pas une « allure » pratiquée au quotidien par nos chevaux. Et il ne s’agit en aucun cas d’un manque de respect à votre égard.  A-t-il été préparé à le faire dans de bonnes conditions sans creuser le dos et piétiner des postérieurs. Auquel cas, reculer est inconfortable voire douloureux pour lui. Quel intérêt aurait-il à se faire mal pour nous faire plaisir ?

Un cheval ne refuse JAMAIS de faire, ne se met JAMAIS en défense juste pour nous tenir tête. Il n’en a aucun intérêt. Par contre, il a le désir de communiquer… à nous de l’écouter et non de le brimer.

Un cheval cause cheval, rien de plus. Un mouvement qu’il soit associé au dressage, au CSO, à l’étho ou a toute autre discipline  exige une préparation physique minimum pour être réalisé dans le confort et le plaisir. Nous désirons « utiliser » son corps, le minimum est de lui accorder tout le respect qu’il mérite.

Combien de chevaux souffrent en silence pour combler le moindre désir de leurs cavaliers ? Voire même pour éviter les phases qui ne sont que des punitions trop souvent mal venues pour but de faire briller notre propre ego.

Avant de demander sur les groupes de discussions des solutions miracles à la non-réalisation d’un exercice, à la défense de votre cheval, à sa fuite en avant, au nez en l’air en « licol »  … demandez-vous si physiquement vous avez su mener à bien les 1 ou 2 ans de travail préparatoire dans la logique de l’équitation de tradition, si il a compris, si il y trouve de l’intérêt, si vous êtes suffisamment poli, si vous n’êtes pas trop dans l’exigence, si vous êtes digne qu’il apprenne de vous  …. Le cheval a toujours raison

Je suis parfois amusée, parfois agacée, parfois triste lorsque je lis sur les groupes que les jeux à la mode sont la réponse à tous les problèmes.  (d’ailleurs, j’ai arrêté de lire les groupes de discussion… lol ! ).

C’est certes une belle avancée par rapport à beaucoup d’autres méthodes d’éducation. Mais à mon sens, il manque toujours  le principal : La locomotion juste, le respect et l’écoute. Un cheval bien dans son corps est un cheval heureux. Et un cheval heureux est un cavalier aux anges.

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