Equitation positive et lâcher-prise …

Cela fait maintenant un peu plus de 6 mois que je fais de mon mieux pour apprendre le dialogue de Pakita. Jusqu’alors, toute mon expérience de cavalière était basée sur le fonctionnement de dominance. Même si je concevais l’équitation positive, je crois qu’au fond de moi-même mon lâcher-prise n’était pas encore suffisant.  J’exigeais et si Pakita ne faisait pas, je l’obligeais à faire.  Ces deux dernières années, l’apparence de mon savoir-être pouvait laisser à penser que j’agissais en renforcement positif, mais mes réflexions étaient encore polluées par des frustrations humaines d’exigence. J’imposais donc à Pakita un langage humain qu’elle se devait d’apprendre. Je ne lui laissais aucun autre choix que celui de faire ce que je désirais qu’elle fasse… Le dialogue n’était pas mutuel … J’ai appris à évoluer.

Je me suis accaparé jour après jour la notion de lâcher-prise qui est  une notion plus mentale qu’autre chose : savoir trouver du plaisir et du positif même dans ce que les autres cavaliers voient comme des « ratés », des « erreurs ».  A ce titre, les « défenses » du cheval n’en sont plus… cela devient du dialogue. Dialogue précieux, sans lequel nous ne pourrions tenter de savoir ce que le cheval cherche à exprimer de son problème. Ce dialogue est respectable et devient donc un indication positive.

A préciser tout de même que la notion de lâcher-prise n’est aucunement un état de faiblesse face au cheval.   C’est un état d’esprit qui peut (et doit) nous accompagner à chaque instant, y compris si nous ressentons le besoin de remettre un cheval à sa place car il n’aura pas respecter les régles de sécurité que nous avons choisie. Le tous est de pouvoir le faire sans arrière-pensée, sans émotion, sans rancoeur, sans colère et surtout sans aucune anticipation pour la suite  … et dans la seconde qui suit reprendre notre activité avec la meilleure bienveillance possible.

Jusqu’à cet été, j’avoues que je laissais certes, parfois (en apparence) « couler » les choses. Je ne relevais pas les « erreurs »,  mais la frustration qui m’animait était suffisante pour laisser passer un message négatif à Pakita et à m’éloigner du « vrai » lâcher-prise. Ce que je perçois comme une équitation positive n’est autre que le résultat du lâcher-prise à chaque instant de notre vie de cavalier.

Cela passe déjà (et en priorité) par l’abandon de l’intérêt que l’on peut porter aux regards/avis des autres. Sans cette tranquillité d’esprit, nous appliquons sans même nous rendre compte du négatif dans notre équitation. Nous faisons, tout en se demandant ce que les autres vont bien pouvoir en penser. Le lâcher-prise passe donc par la création d’une bulle tout autour du couple cheval/cavalier où seul ces deux antagonistes ont leur avis donner sur ce qui s’y passe. Cela permet également se mettre à l’abri de tous ces ragots qui fusent dans les centres équestres… un seul regard compte … celui de notre cheval !

Le lâcher-prise est aussi pour moi passer par le deuil de toutes ces croyances équestres dictées par une équitation militaire et une méconnaissance profonde de la véritable nature des chevaux. J’ai commencé à observer Pakita, à lui proposer d’autre formes de communications que celles enseignées. Elle est devenue mon maître à penser au fils des mois. Et ce qu’elle m’a appris réside bien loin de toutes ces croyances de contraintes et de ces jeux de dominances obligatoires selon beaucoup d’idées préconsues.

J’y ai donc gagné une assurance où tous mes doutes se sont effacés les uns après les autres car Pakita m’a montré, m’a apporté toutes les réponses. Cela m’a permis d’aborder sereinement l’instant présent sans parasitage intellectuel. L’instant où j’ai pu me permettre de vivre et de ressentir pleinement ce que Pakita me renvoyait dans ses mouvements ou dans ses émotions.

Le lâcher-prise m’a donc permis d’aborder mon équitation différemment. Toutes ces émotions négatives que sont : les peurs (de se faire dominer, de mal faire aussi, de se faire mal  …. tant de peurs qui nous limite dans notre authenticité), la frustration, la colère, le regard des autres, les doutes …  qui animent bien souvent, la vie d’un cavalier, ne font que polluer la relation que nous cherchons avec nos chevaux.

C’est à partir de cette notion de lâcher-prise que j’ai pu accèder à une relation simple, sereine et harmonieuse avec Pakita où … une totale interaction ou chacun apporte à l’autre. J’ai lâcher également l’utilité du renforcement négatif et les idées de dominance, pour donner à notre relation un vent de liberté et surtout d’égalité dans le dialogue.

Renforcement positif… renforcement négatif … un sujet qui fait couler beaucoup d’encre. Mais cela ne reste en fin de compte que des discussions sans intérêt d’humains. Peut importe ce que les détracteur des pensées d’autrui en disent. Pour moi, ce que j’entend par renforcement positif est totalement dénué d’obligation pour Pakita. Je propose, plus que je demande, que j’exige. Elle est libre de m’imiter ou pas, d’apprendre ce que je veux lui apprendre, ou pas. Je félicite la moindre intention de réussite de mon idée primaire, mais dans le cas où Pakita « refuse » de faire, je n’y porte aucune attention, je souris et nous allons faire autre chose. Je pars du principe, qu’elle n’a pas compris ou qu’elle n’est pas dans une disposition mentale ou/et physique, ce jour, à cet instant là pour le faire, ou peut être même que j’ai pas demandé assez poliment ou avec l’intentin adéquate pour qu’elle y trouve de l’intérêt. Donc je ne relève rien des « erreurs » ou des « ratés ». Je privilégie l’intention de faire en opposition au mouvement obtenu, que ce soit à pied, ou monté. J’oublie les « ratés » et je redemande un peu plus tard.

Pour moi, la philosophie du lâcher-prise est contenue dans cet état d’esprit… Je ne reste qu’humaine, bien sur que certains jours, j’aimerais que Pakita s’exécute à mes demandes. Mais le sentiment de frustration (pire de colère ou de désir de dominance, comme par le passé … ) a laissé place place à l’amusement de voire Pakita si expressive. La raison en est très simple… Depuis mes tâtonnements dans mon  changement de philosophie, j’ai constaté que Pakita n’a plus jamais été agressive, ne s’est plus jamais mise en colère, ne m’a plus jamais mis un vent (même en liberté), n’a plus jamais fait de démarrage à fond la caisse … Au  contraire, sa connexion et sa volonté ne cesse de grandir. Et  il est trés courant qu’elle me propose un compromis à un refus,  en donnant autre chose qu’elle sait faire. Il y a les périodes « pas espagnol non demandé », les périodes « levade » …  Comment ne pas rigoler face à ses facéties à partir du moment où l’on sait que cela n’est plus de l’agressivité. Son volontarisme me comble. Quel intérêt aurais-je de lui dire « nooooon ! c’est pas ça que j’ai demandé, c’est ça » ?  J’ai envie de la garder vivante avec ses clowneries… cela fait partie de son charme de clown ibérique !

Dans notre relation actuelle, depuis le lâcher prise, Pakita y a trouvé son compte. On pourrait penser qu’un cheval doit être cadré, diriger, leadershiper … et que sinon, il ne ferait « rien » pour son humain. C’est une tout autre réalité que je découvre au quotidien. Moins j’impose, moins j’exige, plus elle m’offre, plus elle réfléchit à comment faire de son mieux… certes, pas toujours ce que j’ai en tête à la base (lol) mais on fini toujours par se mettre en accord.

Le plus important est qu’elle sait que le dialogue reste ouvert dans les deux sens. C’est bien plus précieux à mes yeux  que toutes ces idées de leadership où le cavalier demande et le cheval n’a pas le choix que de s’exécuter. Cela l’a rendu plus  présente, plus connectée, plus volontaire, plus réfléchit et surtout, surtout … que tous ça se fasse dans la sérénité … que demandez de plus ?

Notre dialogue s’affine au fils des jours avec son attention qui grandie. Loin des codes visuels (que je continue toujours à utiliser avec parcimonie pour me rassurer … moi ! … ), la connexion que j’ai gagné en exigeant plus rien, mais en proposant un mouvement à deux nous permet de « dialoguer » mentalement (et oui ! juste en pensant à un mouvement) et énergétiquement. Le stress est inexistant et cela lui a permis de développer une grande capacité d’écoute.  Cette forme de dialogue est juste magique. Je pensais jusqu’alors que cette communication était réservée à quelques talentueux dresseurs… mais tout le monde (avec un peu de travail) peut y avoir accès ! Une chose est sure, tous les chevaux, à partir du moment où le stress ne les envahit pas, ont cette capacité de lecture « intérieure ».

Sur le net, j’ai souvent lu … « oui mais scientifiquement parlant , tout stimuli représente un renforcement négatif « … humm !! Partant de là, évidement, vu sous cet angle, le simple fait de marcher à côté d’un cheval en lui demandant de se déplacer via notre propre énergie devient un stimuli … je le conçois ! Partant de là, on est pas loin de laisser nos chevaux au pré de peur de les déranger dans leur vie de « chevaux »… certes ! (et tant bien même, si cela épanouis le cheval et son cavalier… où est le problème ? ) Mais pourquoi le terme négatif associé à cet état de fait puisque cela devient du plaisir partagé ? Si cela n’était pas du plaisir et en permettant au cheval de refuser un mouvement, je pense qu’il y aurait longtemps qu’en liberté, Pakita serait au fond de la carrière en train de brouter. Elle y trouve donc un intérêt à rester prêt de moi puisqu’elle est libre (et elle le sait) d’aller brouter à tous moments… Le possibilité de garder ses choix intacts doit la rassurer … C’est en tous cas ce que je perçois.

Il existe tout de même quelques grandes différences entre la vision des méthodes humaines et la vision équine…  Les méthodes à la mode utilisant stimuli/retrait du stimuli impose au cheval un apprentissage de codes qui ne sont pas les leurs. Tous cela se base sur l’observation de quelques moments de discussion entre chevaux, or, nous ne sommes pas des chevaux. Le choix de faire ou de ne pas faire n’est pas permis, puisque le cheval sait que si il ne fait pas, le stimuli va aller crechendo. Le cheval finit par faire par peur du stimuli-punition (phase 4). On a beau dire « on touche le cheval », on ne « le tape pas » … certes, grande avancée qui peu laisser paraître plus doux que l’équitation club avec les punitions musclées … mais qu’en ait il du stress et du manque de liberté dans le choix que cela impose au cheval ? En tous cas, Pakita n’était pas agressive pour rien !

Dans l’utilisation de l’isopraxie (qui n’est pas une méthode, mais juste une réalité naturelle que possède chaque être vivant), l’apprentissage nous revient en totalité. Nous avons perdu cette capacité de ressenti et d’utilisation de notre tai-shi au fils de l’évolution des espèces. D’autres formes de communication nous sont accessible au détriment de nos ressentis. Mais les chevaux, les animaux gardent cette forme primaire de perception trés présente dans leur quotidien. Malheureusement pour nous humains, nous devons nous les réapproprier. La différence majeur réside dans le fait que  cela n’est plus le cheval qui apprend de nos codes, mais NOUS qui (re) apprenons leur (notre) propre langage et cela change tous. Les chevaux interagissent entre eux de cette manière : utilisation de l’énergie, communication animale … cela fait partie de leur langage maternel. Et pour voire l’attitude et le plaisir que Pakita prend depuis que moi j’apprend, c’est un retour en arrière impossible !

J’ai vraiment vraiment eux du mal à sortir de cette équitation de dominance où seul l’humain décide, où le cheval n’a pas le choix. Je ne pensais pas qu’il puisse y avoir une autre manière de communiquer. Et surtout je pensais que sans leadership « de dictateur », Pakita allait n’en faire qu’à sa tête (vilaine jument dominante qu’elle était … lol !). Rien ne m’avait préparé dans ma vie de cavalière à aborder le problème autrement. J’ai grandement manqué de confiance en Pakita durant toutes ces années par ignorances.

Plusieurs raisons animait cette retenue (même si cela était mon rêve de gamine et qu’au fond de mon coeur, c’est cette relation que je cherchais)… J’étais ignorante de la vrai communication utilisées par les chevaux. On m’a aussi  toujours appris « que » … Même si j’en avais eu connaissance « avant », je n’aurais jamais pensé possible qu’un humain puisse apprendre ce type de langage sans l’utilisation des codes visuels. Même si j’en rêvais, je restais au fond de moi persuadée qu’il fallait s’imposer à un cheval pour obtenir. Et surtout, en agissant en total lâcher-prise, je crois que j’avais peur de me faire voler ma place de « chef ». A force d’entendre « il y a toujours un dominé et un dominant » « attention ! si tu laisses passer quoi que ce soit, il va en profiter » … forcément, ça laisse peut de place à une relation égalitaire sans quelques peurs humaines…

Une tout autre évidence s’offre à moi au quotidien. Certaines choses, « il faut les voire pour y croire, mais il faut y croire pour les voire »… Pour moi, le lâcher-prise est contenu dans cette phrase. A un moment, il faut savoir lâcher nos croyances pour donner la place à une autre réalité. Car dans le jeux de dominance, normal que le cheval conteste cette attitude qui n’aurait pas lieu d’être à partir du moment où nous les abordons sereinement avec compassion.  En ayant appris (je ne remercierais jamais assez ma prof qui m’a ouvert cet « autre monde » malgré mes réticences de base …  😉 ) à lâcher mes croyances passées, j’ai pu accéder à cette relation de confiance totale dans une harmonie qui me transporte chaque jour en dehors de toutes réalités humaines. Quand je regarde les yeux de Pakita, j’y vois une grande reconnaissance pour tous les efforts que je fais dans ce sens… L’épanouissement de l’une et de l’autre devient mutuel interactif. Là, réside à mes yeux le vrai échange ! …  Cela me booste bien évidement pour la suite de l’aventure … Et cela m’a également donné matière à réfléchir sur la manière de voire ma vie quotidienne et l’importance que je mettais sur des événements insignifiants qui me pourrissaient plus la vie qu’autre chose. Le développement personnel à travers la relation aux chevaux n’est pas un mythe …

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Je n’en suis qu’au début de mes découvertes, mais je sais dorénavant que le retour en arrière est impossible et pour moi inconcevable. Aucun discours humains ne me fera dévier de la réalité que je vis au quotidien. Chacun vit avec ses propres expériences 🙂

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2 réponses à “Equitation positive et lâcher-prise …

  1. Bonjour
    J’adore vos articles je me régale de votre blog! Petit a petit je tente d’emprunter le chemin que vous parcourez j’aimerais vraiment ce genre de relation avec les chevaux et avec ma jument en particulier
    Est ce que vous accepteriez de me contacter par mail pour que je vous pose quelques questions?
    Merci et continuez a écrire
    Justine

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