Vous êtes vous déjà demandé comment des centaines d’oiseaux avaient la capacité de converger dans une totale synchronisation dans la même direction, au même instant au point de former un ballet aérien ?

Je viens de découvrir le nom du concept qui est au coeur de l’enseignement que nous (ou devrais je dire « je », puisque c’est moi l’apprenti et Pakita mon maître… ) recevons depuis 2 ans 1/2… et j’en savoure actuellement toute les possibilités. Certes je ne suis pas un oiseau et encore moins un cheval, mais j’apprends …

(Merci à Laetitia 😉  qui a croisé ma route par le biais de ce blog et qui a laissé « trainé », le mot « Isopraxie » sur son propre site 🙂 … A mon sens, ce sont ces types de partages qui forment les hasards de la vie et qui apportent  une petite pièce du puzzle dans notre évolution de cavaliers 🙂 )

Je ne vais pas en faire un grand discours puisque c’est une notion bien particulière qui fait appel à la perception profonde de chaque être vivant et qui entre dans le domaine du développement personnel. Sujet casse-gueule par excellence qui touche le monde du ressenti et sur lequel je ne me sens pas de rentrer dans de grande explications littéraires sur le pourquoi du comment… ce sont des choses qui se découvrent, qui se vivent. D’autant que certains éthologues scientifiques,  le fond bien mieux que moi … 🙂

Je préfére donc mettre en lien un formidable article de Jean-Claude Barrey : « L’isopraxie, condition première de la légèreté » qui m’a fait comprendre ce que je vivais avec Pakita et qui surtout m’a donné matière à  réflexion afin d’aller bien plus loin dans ce qui est déjà notre quotidien …

http://www.equitation-accordee.com/htmfr/porte-ouverte.php

 L’enseignement de l’équitation actuelle, que ce soit « club », où même « méthodes nouvelles » impliquent le renforcement négatif comme stimuli principal de toutes activités communes entre un cavalier et son cheval. Or, je suis maintenant intimement convaincue (merci Pakita ! 🙂 ) que nous faisons fausse route… On nous apprend à utiliser notre force musculaire, le maniement des  enrennements et autre matériel tout aussi coercitif et nos chevaux ne comprennent pas pourquoi tant de « haine ».  Ne nous leurrons pas, les méthodes à la mode font dériver ces contraintes physiques vers une forme de contrainte morale où l’authenticité n’est pas à son paroxysme… L’enseignement « confort/inconfort » est présent partout…

Le renforcement négatif est-il si incontournable que ça pour « dialoguer » avec nos chevaux ? Est-ce dans ces concepts que nous y trouverons une légèreté à l’image du Centaure dont tout cavalier rêve ? …

Il faut toutefois noter que l’enseignement actuel est basé sur un passé militaire qui avait pour but de mettre un cavalier en selle en 3 mois. Pas vraiment le temps de prendre en compte le cheval dans tout ça … Le cheval n’était qu’un moyen de transport avec des boutons. Mais en tant que cavaliers-propriétaires de loisir, nous sommes tous dans une recherche d’harmonie dans le partenariat. Il me parait donc primordial de visiter tous les concepts (si mystiques soient-ils …)  afin de trouver NOS réponses … Car tout mystiques (car non popularisés) qu’ils soient, ce sont nos chevaux qui y trouvent leur compte et qui valident (ou pas) de par leur comportement, la justesse de nos actes envers eux…

Imprégnée depuis un peu plus de deux décennies par ces dogmes tout droit sortis de l’équitation militaire, j’ai eu beaucoup de mal à passer le cap du lâcher-prise. Il m’a été difficile d’admettre que les chevaux ne veulent pas dominer l’homme… Il m’a été difficile d’admettre que le cheval ne refuse pas de faire par fainéantise ou mauvaise volonté… Il m’a été difficile d’admettre que la sensibilité d’un cheval est archi supérieure à la nôtre…

J’ai découvert une tout autre réalité : les chevaux ne comprennent tout simplement pas l’homme car « notre » équitation est à l’opposé de leur propre nature perceptive…. et pourquoi cela serait-ce  à eux (jugés comme espèce « inférieure ») de se mettre à notre niveau et d’apprendre de  nous ?  D’apprendre NOS codes ?  Pourquoi pas le contraire ?

Le cheval perçoit son monde comme un  « bouquet de sensations » (expression piquée à Mr Barrey, mais que je trouve tellement réaliste…) dans un instant présent… Par le biais de l’équitation centrée, j’ai appris à gérer mon corps en terme d’energie, de centrage, de douceur dans le mouvement afin de rendre ce « bouquet de sensations » le plus juste, le plus doux, le plus agréable et le plus compréhensible possible pour Pakita. Et c’est avec grande surprise que j’ai constaté des réponses quasi instinctives de la part de Pakita à ce dialogue corporel, que ce soit à pied, ou monté. Par « magie »,  Pakita fait écho à mon propre corps. Elle suit mes propres mouvements, mes propres changements énergétiques. Et « crevette sur la paëlla » dans une douceur d’exécution totalement incohérente avec ce que l’on m’avait appris jusqu’alors des chevaux et de leur  « aptitude à utiliser leur force ». Mes rêves de gamine commencent à prendre forme … non ! les chevaux ne sont pas des brutes épaisses qui se lèvent le matin, en se disant « hummmm ! qui je vais faire chier aujourd’hui… tiens, mon cavalier !! »… Nous vivons l’équitation que nous méritons …

Nos séances sont basées sur une succession de tests. Tests, pas pour Pakita, mais pour moi, car il s’agit bien de MON apprentissage. Elle ne fait que répondre à ce qu’elle perçoit de ce « bouquet de sensations ». Et c’est avec émerveillement que je découvre chaque jour un peu plus sur cette perspective de dialogue nouveau dans l’harmonie commune, à travers un mimétisme aussi perfectionné que la perception de ma hanche qui s’abaisse.

Ce chemin, je l’ai débuté, il y a maintenant deux ans, ne sachant pas trop où ma prof voulait nous emmener. Au cours des mois, j’ai compris que plus j’apportais de compréhension, plus j’apportais de douceur à mes demandes, plus je faisais appel à mon ressenti,  moins je faisais appel à mes aides, à ma force musculaire, à ma réflexion… comme par magie… plus Pakita « répondait » à mes demandes dans une légèreté impressionnante. Je rentrais dans son mode de perception en quittant petit à petit le monde « humain ». Ce qui a eu comme effet premier de transformer ma morue grincheuse et agressive, en une jument adorable, équilibrée et volontaire … curieux ! hein …

Ce texte a été pour moi une révélation sur ce qui se passait, plus qu’une découverte… cela va me permettre de perfectionner mon dialogue dans les mois qui viennent.

Un exemple, totalement fou … hier, nous marchions côte à côte, moi concentrée sur notre rythme, à détendre mes épaules, détendre mon dos… bien sûr Pakita, en a fait autant… ça j’y travaille depuis un moment.  J’avais lu et relu ce texte au point de m’en imprégner… Et, j’ai donc eu l’idée de machouiller et c’est avec étonnement que je l’ai vu en faire autant. J’ai été envahie par une merveilleuse sensation de plaisir dans cet échange. Et au regard que Pakita m’a lancé, je sais que ce plaisir était partagé en toute simplicité. Elle ne m’a pas fait un clin d’oeil, mais c’était tout comme…

Comment faire marche arrière lorsque l’on découvre ce dialogue… c’est un non-retour ! Et c’est aussi « simple » que ça … Tout devient harmonie et facilité.  Encore faut-il avoir conscience de cette possibilité et d’avoir envie de s’impliquer personnellement dans cette recherche sur soi et sur la vraie nature du cheval … Ce n’est pas un mode de communication facile pour l’humain. Nous sommes bien loin de ce monde de ressentis. Et c’est un véritable travail sur nous-mêmes pour passer du mode « réflexion » au mode « perception ».

Le secret est en somme très simple (ouais ! dit comme ça, ça parait simple ! hihi… je peux le dire maintenant car j’ai eu 2 ans de galère avant de le trouver ! …  lol) … il suffit de faire sur soi-même pour que cela fasse écho sur le cheval… étendre sa propre nuque pour suggérer une extension d’encolure ; faire fonctionner son propre bassin lors d’une demande de reculer ; modifier son propre rythme lors d’une demande de transitions descendante ; faire circuler sa propre énergie vers l’avant lors d’une demande d’allongement, vers le bas, lors d’une demande d’arrêt … et la liste est infinie !  Nous commençons à balbutier une harmonie commune qui ressemble de loin à un embryon de passage. Mais je ne suis qu’une apprentie dans le domaine… Pakita saura me guider pour la suite ! à moi de poursuivre mes recherches 🙂

Je me suis souvent demandé quels étaient les « aides » utilisées par de grands cavaliers comme Nuno Oliveira. Rien n’est visible et pourtant  ! … maintenant, j’entrevois le dialogue qui se joue entre ces grands cavaliers et leurs chevaux. J’ai longtemps cru que ces cavaliers étaient « magiques ». C’est la perception de nos chevaux qui est magique car tellement subtile qu’elle en devient supérieure à notre propre réalité d’humain. Et certains écuyers l’ont compris depuis bien longtemps …

Merci à ma prof et à Pakita pour toute la patience dont elles ont su fait preuve, malgré mes doutes et mes « ratés », afin de me montrer le chemin, et ce, malgré mon obstination première à ne pas lâcher mes vieilles  croyances !!!  … 😉

NB : J’ai tout à fait conscience que ce concept va paraître totalement utopique pour certains… mais c’est comme tout ! Tant qu’on ne l’a pas vécu par notre propre expérience, on ne peut s’imaginer que cela soit possible…. Moi la première, il y a 2 ans, je me suis dit « mouais et la marmotte … ? » 🙂

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