Parce que nous demandons d’être décontractés  à nos chevaux, nous nous devons de montrer l’exemple  ….

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C’est un concept qui commence à faire parler en équitation … mais comme toute notion « abstraite », le lâcher-prise est propre à chacun.

En tant que cavaliers, mais surtout en tant qu’humains, notre civilisation occidentale ne laisse plus place à cet état d’esprit bien souvent considéré comme un état de faiblesse. Tout dans notre éducation et bien souvent dans nos expérience nous pousse à la méfiance, au contrôle de soi par la pensée, à la maîtrise réfléchie de chaque instant … et a fortiori, au contrôle de nos chevaux par des pensées, des méthodes,  des outils, tous plus élaborés les uns que les autres afin de nous donner une apparence de contrôle rassurant de tout notre environnement, de la nature et surtout de nos chevaux…

En tant qu’humains cavaliers, nous avons donc le désir de tout contrôler, de soumettre, de faire obéir. L’équitation club (… et d’une certaine manière les méthodes « étho » ne sont pas en reste… )  m’a apprise qu’il ne fallait pas lâcher quoi que ce soit sinon nous nous ferions dominer, que le cheval s’en sortirait gagnant et qu’il recommencerait. Elle m’a apprise qu’un cheval se levait le matin dans un seul but « faire chier son cavalier et vouloir être son supérieur hiérarchique » et que bien entendu,  il ne fallait jamais « céder » car c’était signe de faiblesse. Je me suis donc mise à me faire des films et à me retrouver coincée entre l’envie d’évoluer avec ma jument vers une relation respectueuse basée sur la confiance et le renforcement positif, et toutes ces peurs (car ce ne sont que des peurs d’échec, de perte de contrôle…)… Je me suis donc retrouvée à faire des choix, mais en  me laissant une petite marge … « au cas où » … (sous-entendez : au cas où je me trompe sur mes utopies.)

Et pour arranger le tout, ma vie personnelle était quelque peu « en vrac » et à aucun moment, je ne laissais de répit à mon mental. Je n’étais en fin de compte jamais dans l’instant présent, jamais vraiment avec Pakita et encore moins dans une quelconque réelle possibilité d’écouter ma jument… toujours dans un stress permanent, toujours avec cette soif d’y arriver coûte que coûte .  Pour me rassurer, il fallait que je ne lâche rien, que je contrôle tout, que je planifie …  Certes, je voyais ce qui se voyait, je sentais ce qui se sentait… mais tout ça était bien grossier en rapport avec l’empathie dont sait faire preuve un cheval et sa sensibilité naturelle… heureusement, ma prof est arrivée … tadaammmm ! et là, ce fut pour moi, il y a deux ans, le début d’une renaissance (ou d’un enfer, ça dépendait des jours … lol ! ) en tant qu’être faisant partie de la création animale… J’ai découvert ce que voulait dire « vivre dans l’instant présent » sans émotion polluante.

Dans cette lourde recherche de moi-même, j’avoue que Pakita a été un prof exceptionnel… En partie à cause (ou grâce !) de son passif de jument traumatisée par l’humain, elle ne me rate jamais et sait me dire quand je dévie et que je cherche à reprendre un quelconque « contrôle » sur les événements. Pakita est le type-même de jument avec qui toute exigence est à bannir à moins de vouloir se retrouver avec de gros soucis de dialogue toutes dents sorties. Mais c’est formateur et je l’en remercie !!

Mais c’est quoi donc que  c’te bête ?

C’est un état d’esprit de décontraction mentale et musculaire consciente qui va nous permettre un recentrage sur nos capacités physiques énergétiques en relation avec tout notre environnement naturel, et donc, bien évidement … les chevaux !   Le lâcher-prise est un des principes fondamentaux des arts martiaux, tel le tai-chi, le Qi quong,  le yoga … C’est la base même des médecines chinoises ancestrales : un esprit sain dans un corps sain. C’est une forme de méditation où le ressenti est plus présent que le mental afin de faire revivre l’énergie vitale présente en chaque être vivant, autrement appelé Qi… Cela mène à la méditation …  on comprend mieux pourquoi en tant que cavaliers nous avons des soucis…

Dans le livre de Sally Swift, il y a tout un chapitre au sujet du Qi, car c’est le but ultime de l’équitation centrée.

Le lâcher-prise a dû commencer pour moi par l’apport d’une confiance sans limite pour Pakita. Une jument agressive, forcément, on entend tellement de choses sur le concept de dominance qu’on a pas envie de se laisser bouffer sa place… Mais qui commençait vraiment par agresser l’autre ? Considérant que les défenses d’un cheval ne sont rien d’autre que du dialogue qui signale à son cavalier qu’il y a un problème, il m’a fallu accepter et voir les agressions de Pakita sans autre arrière-pensée humaine apportée par mes craintes et mon anthropomorphisme. Très curieusement, je me suis vite rendu compte que plus je lui faisais confiance (et donc moins je montais en pression moi-même), plus je l’écoutais, plus je cherchais à régler SON problème (et non pas le mien), plus je l’aidais physiquement et moralement (loin de moi l’équitation de contrainte et de viol du mouvement), moins elle était grincheuse…  Il s’est opéré un échange de confiance qui est maintenant à son paroxysme dans notre relation… comme quoi ! rien n’est impossible. Je sais que Pakita est sensible à ce changement de comportement de ma part. Elle me le montre au quotidien que ce soit à pied, ou monté.

Le lâcher-prise m’a permis (et c’est là tout le contexte du livre de Sally Swift) d’améliorer mon équilibre et la décontraction de chacun de mes muscles. Pakita y a été très réceptive, puisqu’à son tour, elle a mis plus de douceur, de décontraction dans sa locomotion et surtout, elle a arrêté de me lancer sa tête avec le petit rictus que ferait un Bull Mastif prêt à attaquer.

Il m’a permis d’accéder à une équitation harmonieuse en étant bien plus à l’écoute de chaque partie de mon corps et mettant une intention, une force mesurée plus énergétique de musculaire.

Au fil des mois, la confiance et la douceur dans les mouvements qui se sont installés dans notre couple, nous a permis d’aller plus loin dans les découvertes concernant les échanges énergétiques entre deux corps. Et c’est maintenant un bonheur inégalé que de demander des allongements d’allures et des rassemblés, des changement de direction, du travail de deux pistes… juste sur cette maîtrise du Qi.

… je suis sur le chemin ! hein … le lâcher-prise n’est pas encore pour moi du quotidien … on se refait pas du jour au lendemain !  😉 … mais déjà de formidable découvertes …

On est bien sûr loin d’être au top ! Certains jours, le lâcher-prise (et de ce fait le dialogue énergétique) est inexistant, donc on fait autre chose de plus simple pour nous deux, car dans cette découverte, je sais que Pakita a toujours raison. C’est pour elle du langage naturel. Elle le maîtrise bien mieux que moi. Je ne suis que son apprentie. Les jours où rien ne se passe, je fais un petit retour sur moi-même et je trouve toujours la cause en moi  : préoccupations personnelles trop présentes, raideur dans le dos, vieilles habitudes exigeantes de cavalière qui reviennent, trop de main, demandé trop brusquement, pas assez de fluidité, de douceurs, de respect…  trop … trop …. et pas assez de centrage pour ma part … bref, c’est moi qui merde !! si ça marche pas comme je veux, je sais que c’est par manque de lâcher-prise et/ou de centrage, ce jour-là. Pakita n’y est pour rien et j’ai appris à en tirer ma leçon … (non pas que ça m’énerve pas ! hein … mais j’y travaille ! OMMMMMMH ! lol)

C’est bien entendu une découverte majeure dans ma relation aux chevaux, mais également une nouvelle vision de la vie en général qui s’offre à moi. Je me tenterais bien quelques cours de tai-chi d’ailleurs … et je suis devenue accroc aux séances chez la magnétiseuse (Pakita y a eu droit aussi …) car cela libère beaucoup de tensions accumulées inconsciemment. Cela fait sauter quelques verrous.

Lors de notre premier cours, ma prof m’a dit une phrase qui m’a hanté pendant 2 ans (et oui ! je crois que je t’ai jamais dit à quel point cette phrase  m’a torturé les neurones. Je te vois encore me la dire … hihi !) : « c’est bien ce que vous faites (j’étais à fond Parelli à l’époque), mais ta jument est trop codée » … Glurps ! moi qui était fière de ce qu’on faisait….  Pendant deux ans je me suis demandé comment faire autrement que via des codes visuels pour dialoguer avec un cheval… maintenant, avec mes ressentis récents, bien sûr, c’est évident ! … merci à Pakita et à ma prof pour cette merveilleuse découverte ! 😉

… et bien voilà ! je suis grillée … mouhaha … beaucoup me connaissent déjà  comme une utopique, mais maintenant vous en savez un peu plus … Quelle belle utopie quand même  que de vivre ces moments d’harmonie avec Pakita !!!  Le jeu en valait plus que la chandelle 😉

Cet article est assez intimiste puisque c’est un bout de moi même que je livre et ce changement n’engage pas que ma vie équestre. Si je peux me permettre d’en parler que maintenant sur le blog, c’est par ce que j’ai acquis suffisamment de recul sur le lâcher-prise pour me permettre d’assumer et de revendiquer cette philosophie un peu mystique sur les bords… le net étant ce qu’il est, il y a certains sujets difficilement abordables sans qu’ils soient ouvertement critiqués … ! Je suis la première à ne croire que ce que je vis !  Mais mon envie de partage est plus forte que le qu’en-dira-t-on car je souhaite sincèrement à tous cavaliers de découvrir ce que j’ai eu la chance de vivre avec Pakita, il y a quelques jours… Difficile de parler d’une sensation aussi  puissante. Je digère et peut-être qu’un jour, je ferais un petit article.  Tout ce que je peux dire au jour d’aujourd’hui, c’est que la notion de Qi partagé avec son cheval est bel et bien réelle. 😉

Quand on découvre ces possibilités de dialogue non codé, on ne se pose même plus la question du mors ou du sans mors… même en cordelette, cela reste un dialogue à part entière … 😉

En cherchant ce qui s’écrivait sur le net au sujet du tai-chi, du lâcher-prise côté cavalier, je suis tombée sur une page de Michel Robert qui regroupe quelques livres si le sujet vous intéresse ou vous intrigue  : http://www.horse-academy.fr/boutique/livres-preparation-physique-et-mentale-du-cavalier/pensees-pour-lacher-prise

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