Dresser sans mors … petit bilan !

portrait 1212Cela fait maintenant 5 ans que Pakita n’a pas eu un mors dans la bouche …  Le temps d’un petit bilan !

Pas de grands discours techniques… ces découvertes sont au fils de mes articles…

Début 2013, je me posais encore beaucoup de questions :  Jusqu’où peut on dresser sans mors ? l’utilité des cessions de mâchoires ? l’utilité des cessions de nuques ? En quelques mots « sur l’utilité et la nécessité du mors en dressage »

A la base, je n’étais pas spécialement animée par une conviction profonde sur les méfaits du mors. Je reste ouverte à toutes pratiques et je reste convaincue que ce n’est pas l’objet qui fait la qualité de la main du cavalier. Un licol corde peut être tout à fait être aussi coercitif qu’une bride mal utilisée.

Pakita m’a imposé, dés le début de notre histoire le sans-mors à travers son agressivité qui devenait dangereuse un mors dans la bouche. Je l’ai juste écouté. Passer sans mors a été à cette époque une facilité afin de retrouver l’attention de ma jument.  Le choix de cet outil, par la suite à été plus  motivée par le souvenir du regard de Pakita lors de notre dernier essai (en 2010 … juste pour voire …). Ce jour là, j’ai lu dans son regard toute son incompréhension. J’ai eu l’impression de la trahir…

Nous sommes donc resté sans mors. C’est devenu au fils des mois un petit défi personnel. Puis le défi a fait place à de merveilleuses sensations qui m’ont totalement convaincue. Mois après mois, je n’ai eu qu’un seul objectif : apporter toujours plus de confort, de plaisir, de douceur dans mes demandes à Pakita. « Presque » à ma grande surprise, moins j’exigeais, moins je contraignais, plus pakita m’offrait… tout simplement magique et loin de la fameuse petite phrase que tout le monde a entendu au moins une fois dans sa vie de cavalier « montres lui qui est le maitre » … lol !

J’ai lu beaucoup. Je n’ai malheureusement jamais eu l’occasion de lire des expériences de cavaliers qui auraient poursuivis leur aventure vers un niveau de dressage avancé sans jamais repasser par le mors. (Si parmi les lecteurs il y a des « dresseurs » sans mors, faites moi signe, c’est avec plaisir que nous pourrions partager  😉 )

Je me suis pas mal  torturé l’esprit. J’ai lu, beaucoup lu, des articles sur le dressage, sur la biomécanique, sur tous ce qui me passait sous la main afin de me faire MON avis. Mais j’ai lu que la cession de mâchoire, la cession de nuque et même le relévement de l’avant-main étaient impossible sans mors…. je ne suis pas trés bonne éléve et je n’aime pas rester sur des expériences qui ne sont pas les miennes. Mais c’est évident, ce concept ne me convenait pas….

A force de lecture, j’ai découvert des articles concernant les concepts de l’équitation classiques où  la cession de mâchoire pourrait être amenée naturellement par l’équilibre et l’impulsion, sans qu’elle soit demandée par le cavalier via un mors… Et bien voilà ! cela me plaisait déjà mieux  …

J’ai parfois été poussée, je l’avoues par ma prof qui ne voyait pas l’utilité du mors dans l’enseignement des fondamentaux classiques qu’elle nous apporte, sinon j’aurais peut être pu craquer. Le cheval n’est pas qu’une bouche, il est avant tous un corps, une avant-main, une arrière-main, un dos, une encolure … Lorsque tous « fonctionnent » avec harmonie, le mors devient inutile. Au passage, un peu dommage que le sans mors soit trop souvent associé à l’éthologie. 

Certes, c’est une trés longue aventure. Et parfois, j’aurais aimé reprendre mes vieilles habitudes « club » afin d’activer les choses pour ME faire plaisir plus vite. Nous ne sommes que des humains et il est tentant d’arracher les mouvements plutôt que de les attendre.  Pakita me remettait bien vite à ma place du haut de mes exigences. J’ai choisi de faire passer en priorité le plaisir de ma jument.  Et le plaisir a été partagé.

J’ai donc pris le temps d’attendre ma jument. J’admet que c’est certainement plus facile pour moi que pour d’autres cavaliers qui ont des impératifs de dates  (concours, spectacles … ou même qui se mettent des impératifs seuls) . Mais cela n’a jamais été mon objectif. Mon rêve tient juste dans le désir de partager de formidables sensations d’harmonie avec ma jument. Je peux donc me permettre de perdre du temps … je n’ai rien à prouver aux autres. J’ai tout à prouver à ma jument …

Et du temps, nous en avons « perdu » … Plus d’un an de travail à pied pour la rééducation de ma jument. Rééducation fonctionnelle obligée, mais qui est la base de toutes les facilités actuelles…  J’ai en fin de compte gagné du temps … J’ai parfois été tentée de baisser les bras et de me rallier aux croyances générales.

Le temps,  les remises en questions sur TOUS ce que je savais des chevaux, l’apprentissage d’une « autre » équitation … un vaste programme qui dure depuis maintenant plus de 2 ans (et qui est loin d’être terminé).  Les 3 années auparavant n’étaient que bidouillages en tous genre sans résultat flagrant.

Bien sur la méthode Parelli nous a apporté quelques jolies pierres à notre édifice. Je ne vais pas le nier. Mais il nous fallait aller un peu plus loin dans les fondamentaux classiques pour satisfaire mes rêve.  Certainement pas avec un licol corde sur lequel le contact est fortement déconseillé. Nous avons donc adopté le side. Cela aurait pu d’ailleurs arriver avec un mors, qui sait !   Mais ma jument y aurait elle trouver le même compte ? Aurais je découvert autant de nouvelles choses ? Serions nous au même stade dans notre relation ? … et puis Pakita en a décidé autrement donc la question ne se pose même plus !  …

Beaucoup de doutes sur le chemin, mais c’est avec émerveillement que ma jument m’a donné les réponses à chaque étape de mes questionnements. C’était assez drôle de constater que notre évolution a été associée. Lorsque nous passions un cap, je savourais les nouveautés quelques mois. Puis une nouvelle question arrivait concernant l’étape suivante (impatience de cavalier, quand tu nous tiens …)  et elle ne tardait pas à m’apporter la réponse tout simplement  en me montrant.

Le blog est construit au fils de mes questions, de nos découvertes et surtout des preuves que Pakita m’apportent. Bien entendu, Pakita ne se pose aucune question (la chanceuse !), elle ne fait que répondre à la propre nature de son corps de cheval.

Au jour d’aujourd’hui, je ne vois pas pour quelle raison je remettrais un mors à Pakita. Elle m’offre sans mors tous ce dont je peux rêver et que je n’ai jamais découvert auparavant.  Je goûte à une équitation de légèreté totalement insoupçonnable pour moi durant toutes ces années à monter des dizaines de chevaux avec mors ou bride.   Il est évident que rien n’arrive sans rien. Seulement, sans mors, nous ne pouvons pas tricher ! pas le choix que d’écouter et d’attendre son cheval … en sommes, d’aller vers les concepts de la « belle » équitation classique, seule équitation dans le respect du cheval. Nous devons passer par un travail de fond où le cheval doit apprendre de son propre corps pour s’équilibrer, pour acquérir naturellement la rectitude… un long travail d’assouplissement et de musculation dans le bon sens qui permettra d’amener une impulsion naturelle et supérieure. A partir de ce moment, nous quittons l’équitation de main où les rênes servent à imposer le mouvement ou/et à retenir un cheval sur les épaules avec force musculaire… donc mors ou pas, cela  devrait être le travail de base de tout jeune (ou cheval qui débute peut importe son âge) cheval …

Tous les a priori sont dans la tête des humains. Les chevaux n’ont pas lu le manuel de la FFE … A vrai dire, lorsque je monte ma jument, je ne me pose plus aucune question. Lui avoir apporter du confort n’a fait qu’amplifier son attention à mon égard.  J’ai bien mieux que les options faciles que procurent le mors. Pakita est attentive à la moindre de mes attentions, au moindre changement d’équilibre de mon assiette, au moindre petit changement énergétique qui deviennent alors une communication à part entière. C’est surement mes plus belles découvertes sur le sans-mors : un autre dialogue bien plus subtil est possible avec les chevaux. Nous serions resté avec le mors, je ne pense pas que j’aurais cherché cet autre dialogue… qui pourtant est la langue maternelle de nos loulous…

Nous n’avons aucune autre intention (encore moins Pakita que moi, elle serait mieux à brouter au fond de son pré …) que de nous faire plaisir jour après jour. C’est peut être là, le secret …. pas de prise de tête et pas de pressions inutiles.

Certes, nous n’en sommes  pas au piaffer ou autres airs de haute-école avancés.  Peut importe, les sensations de légereté et d’harmonie que Pakita m’offrent au quotidien comblent déjà largement mes rêves et dépassent déjà toutes mes espérances. Nous allons vers le rassemblée ce qui du haut de mon statut de cavalière de loisir est déjà énorme… la suite viendra en son temps. Maintenant, je n’ai plus qu’à laisser Pakita me faire découvrir la suite … Toutes ces sensations, je ne les ai encore jamais vécu avec un autre cheval … Donc la « suite » n’en sera que meilleure ! Et qui sait où tous cela va nous mener ….  A suivre !

“ Tant que l’homme cherchera à corriger la nature au lieu de l’écouter, de la suivre et de l’aider, il sera dans le chemin de l’erreur » –  Chevalier de Boisdeffre – Principes de Cavalerie, 1788

 » Monter à cheval, c’est être entre ciel et terre à une hauteur qui n’existe pas » Bartabas

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7 réponses à “Dresser sans mors … petit bilan !

  1. bravo pour ta persévérance face aux poncifs du système .. j’ai suivi un peu le même chemin que toi..même si ma jument, TF n’a jamais opposé de résistances comme Pakita, je suis passée au sans mors depuis 4 ans maintenant (je monte en bitless ) et je ne le regrette absolument pas ..j’ai découvert les joies profondes d’une autre équitation, basée sur la confiance et le respect mutuel, et je suis de plus en plus persuadée qu’on peut aller très loin sans mors .. je viens d’acquérir une autre jeune jument lusitanienne et j’ai l’intention de mener tout son dressage sans mors également ..

    • Merci Isabelle 🙂
      Je suis toujours ravie de partager avec des collègues de sans-mors 😉
      Plus nous avançons avec Pakita, plus je me rends compte qu’un mors ne m’apporterait rien de plus.
      Mes recherches actuelles se basent plus précisément sur la recherche de cette fameuse impulsion supérieure … Encore un petit blocage mental pour Pakita qui n’ose pas se livrer totalement.. donc rien avoir avec le mors ou pas 🙂

      Je te souhaite plein de bonheur avec ton trotou et ta lusi 🙂

  2. c’est amusant, car plus je parcours ton blog (que je ne découvre qu’aujourd’hui) et plus les points communs entre ton expérience et la mienne sont évidents .. j’ai récupéré ma jument en 2008 , elle avait 8 ans mais n’avait pour ainsi dire quasiment pas été montée, tout juste débourrée ; j’ai commencé à la monter avec mors et mon expérience de club pas bien meilleure que la tienne ..elle n’était pas rétive, mais je sentais que ce n’était pas la joie pour elle; je suis également passée par le travail à pied au travers de la Cense, mais comme toi, je n’y ai pas trouvé tout à fait mon compte ( mais ça m’a permis de découvrir malgré tout qu’il existait autre chose ) ..j’ai bidouillé pas mal, beaucoup lu , découvert l’équitation centrée, l’isopraxie, le plaisir de la monte à cru qui m’a permis de développer des sensations extraordinaires et une connexion profonde basée sur l’équilibre et la sensibilité, j’ai retiré le mors et découvert alors que le langage du corps était bien plus parlant que toutes les aides artificielles .. j’aime le dressage et je pense que sans mors on peut parvenir à dresser sans problème.. ma jument me donne depuis peu des appuyers dans un rassemblé tout à fait correct , avec 20 g dans chaque main .. c’était donc possible !

    • Tu préches une convaincue :p
      Je suis persuadée que dresser sans mors est tout à a fait possible ! 😉
      Seulement voilà, on ne peut pas le faire en gardant les même concepts que ce que nous apprenons avec un mors. C’est un état d’esprit différent qui améne à un apprentissage plus profond sur nous même. Et ça, peut de cavaliers ont envie de passer par une remise en question personnelle.
      C’est aussi une manière d’aborder les choses qui nécessitent beaucoup beaucoup beaucoup plus d’humilité et de temps que les méthodes « normales »… donc forcément, on « réussit » plus vite avec un mors.
      La seule différence (et quelle différence !!!) est qu’en allant « vite », nous en oublions le cheval.
      Monter sans mors, c’est penser « relationnel » avant tous. Sans outils permettant de contraindre dans une position, on ne peut pas tricher. On ne peut qu’attendre nos chevaux.
      Je découvre actuellement la merveilleuse sensation qu’offre l’isopraxie. C’est un énorme travail sur nous même, mais rassembler un cheval en se rassemblant nous même, c’est juste le pied !!
      Je regrette tellement d’avoir perdu une partie de ma vie de cavalière en bidouillages ^^

  3. sans doute, on a perdu du temps en bidouillages, mais finalement, on a gagné tellement au bout du compte ! c’est ce qu’il faut voir ! (sur ce, je vais me coucher , il se fait tard, mais je suis très contente de t’avoir croisé … je te souhaite plein de bonne choses encore avec Paquita et au plaisir de revenir discuter ici ..)

    • Nous avons tous notre chemin à faire. Et chaque « méthode », chaque personne rencontrée, chaque événement, chaque « coincidence » sont autant de possibilités d’alimenter notre propre remise en question… Je suis bien d’accord ! il faut positiver nos expériences 😉
      Au plaisir de partager nos découvertes 😉

  4. Bonjour, monter sans mors Doc est vite devenue une évidence ….tant pour moi ( étant handicapée) que pour lui. J’arrive à faire des choses d’école de dressage que je ne croyais y arriver…..j’explique à Doc ce que j’aimerais faire et dans la minute qui suit il me le fait!!!!! Et rien ne demande autre que la légèreté dans la main….et la monitrice que j’ai n’en revient pas et vas sans doute passe au bitless, elle même à des difficultés avec son prope cheval….on ne regrette pas de monter en Bitlees tous les 2. Quand je le monte, il me le demande en mettant sa tête en bas. Je me souviens au début quand je le montait avec un filet, la monitrice que j’avais dans un club me le mettais et je voyais que Doc n’était bien avec son filet, il remuait sans cesse le tête …..quand j’ai décidé et eu en ma possession un bitless je lui est expliqué et , oui, il a calmement baisser la tête ….
    Depuis je suis une adepte de converser avec Doc et cela m’apporte plus que tout. Je suis sûre qu’on se respecte mutuellement et qu’il est prêt à me faire plaisir parceque je lui fait plaisir en le respectant….
    La communication est essentielle dans la pratique d’une équitation qui est particulière pour Doc comme pour moi…
    Je suis totalement d’accord avec votre vie de cavalière et je pense que vos pensées m’accompagnent tous les jours…..

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