La sortie du garrot – A la recherche de l’équilibre

sVu le nombre de lecteurs de l’article concernant le livre du Dr Pradier et du Docteur Sautel « Biomécanique du cheval, Otéopathie et rééducation équestre », je me  dit que je ne suis pas la seule cavalière à chercher des réponses … Je vais donc me faire un petit résumé des points qui m’ont semblé importants et qui ont eu le mérite d’éclairer mes lanternes…

Je vais m’appuyer sur la lecture du précieux livre des Dr Pradier et Sautel.  D’un point de vue personnel, les explications qui suivent correspondent à la logique du travail débuté avec Pakita, il y a 2 ans. Et ce travail correspond à NOTRE problématique. En aucun cas, je ne juge ou critique d’autres pensées … chacun voit midi à sa porte !  😉

Je suis trè mauvaise éléve … je ne crois que ce que je vois. Et je suis la première surprise du changement physique de Pakita. J’ai toujours entendu parler de la « sortie du garrot » en terme de croissance osseuse.  Noyée dans mes connaissances club, pour moi un cheval ne grandissait que jusqu’à l’âge de 6/7 ans. Certes, la croissance osseuse se termine au alentour de cet âge, selon les races et les prédispositions de chaque cheval. Cependant, à ma grande surprise, j’ai vu ma jument « grandir » encore un peu durant ces deux dernières années alors qu’elle va sur ses 12 ans. Bien sur cela n’est pas dû à sa croissance osseuse terminée depuis maintenant 5 ans. C’est tout simplement son avant-main qui est remontée naturellement grâce au travail débuté à l’âge de 10 ans.  D’une jument totalement sur les épaules, elle s’est équilibrée naturellement et durablement… le résultat du travail en extension d’encolure cher à Monsieur Pradier.

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Et ce livre m’a clairement donné la raison de ce changement. … Un schéma en particulier m’a paru très clair pour expliquer ce phénomène. Schéma qui m’a fait comprendre l’importance des muscles de l’avant-main.  La remontée du garrot, résultat d’une musculation harmonieuse de l’avant-main est un élément clé dans l’équilibre, la légèreté des épaules et donc le report de poids sur l’arrière main.

muscles avant main

Biomécanique du cheval, ostéopathie et rééducation équestre – Dr Pradier et Dr Sautel 

En premier lieu, il faut avoir conscience que le cheval ne possède pas de clavicule, comme nous humains. On peut donc dire que le squelette de son avant-main est tenu par  des muscles et des tendons. Cela a une grande importance puisque seule une musculation harmonieuse de cette région fait le lien entre les antérieurs et la cage thoracique et permet au cheval de ne pas effondrer son garrot …. Le terme « cheval sur les épaules » prend alors tout son sens.  Il est évident qu’un cheval effondré car démusclé de l’avant-main ne pourra pas sans ce travail préalable et ce, même sous l’effet d’un mors à levier ou de demi-arrêt musclés se rééquilibrer durablement sur l’arrière-main. Il s’agit là d’un changement orthopédique à part entière. La montée du garrot est donc un changement durable d’un point de vue ostéopathique. C’est l’équilibre de tout le squelette qui se modifie…

Ce schéma montre bien que  le scapula et l’épaule sont uniquement tenus par des muscles. Ce sont ces muscles (et leur qualité) qui animent activement l’avant-main dans la locomotion.  Les principaux muscles du dos (épineux du thorax et grand dorsal) viennent également s’attacher sur les os de l’avant-main. On comprend mieux pourquoi un cheval démusclé et creux au niveau du garrot et de l’encolure montrera des difficultés à s’équilibrer dans sa locomotion.  Au contraire, une encolure massive sur sa partie supérieure, un dos musclé sera le gage d’un travail bien mené et bénéfique dans la recherche futur du rassembler.

On connaît tous le problème majeur du cheval qui se mobilise en étant « sur les épaules » et qui  va donc utiliser la main de son cavalier comme une béquille pour pouvoir SE porter (et porter son cavalier) sans  tomber vers l’avant. En général le cheval qui travaille sur les épaules aura également tendance à  se précipiter dans ses allures. Prendre de la vitesse est une manière pour lui de courir après son équilibre. De la même manière que si nous nous prenons les pieds dans un tapis, nous aurons la même réactions instinctive de « survie ».  Ces chevaux ne sont pas à blâmer, ils font juste ce qu’ils peuvent avec leur propre corps. C’est bel et bien à nous de les préparer physiquement afin qu’ils ne souffrent pas de nos exigences de cavaliers.

Muscles de l’encolure :

Le trapèze  participe au relèvement de l’épaule de part son point d’ancrage sur le scapula. Scapula lui-même relié à l’épaule via le muscle rhomboïde.

Le Rhomboïde ancré au scapula en couche plus profonde, à l’épaule et au muscle pectoral ascendant participe également activement au mouvement de l’épaule.

On peut donc dire que ces muscles sont primordiaux dans  l’activation des membres antérieurs et donc d’une locomotion harmonieuse. La sortie du garrot est donc le résultat d’un travail adapté, travail que l’on peut qualifier d’orthopédique.

Les muscles du dos :

Il ne serait pas correct d’envisager l’avant-main comme le seul élément de l’équilibre. En effet, les muscles du dos ne doivent pas être négligés puisqu’ils participent eux aussi au relèvement de l’avant-main.

Le grand dorsal, est ancré sur plusieurs os des membres antérieurs. L’enveloppe fibreuse (aponévrose) du grand dorsal vient s’insérer sur le scapula et les processus épineux du thorax. Le grand dorsal représente également  le « pont » (appelé « Pont romain » dans le livre) entre l’avant-main et l’arrière-main.  On comprend mieux le terme de « marcheur de dos » et « marcheur de jambes » (lorsque le grand dorsal n’entre pas activement dans le processus de locomotion) du Dr Gerd Heuschmann.

Le muscle Epineux du thorax représente un muscle sur un plan profond qui vient également s’insérer sur le scapula.

Comme toujours, tous les chevaux ne sont pas égaux face à mère nature. En équitation la généralisation est impossible à faire. Tous les chevaux sont dotés à la naissance d’un patrimoine génétique individuel. Quelques races sont prédisposées dès leur naissance à un équilibrage mieux organisé. Chanceux propriétaire qui n’auront pas (ou moins)  à se soucier de ce travail de fond … Mais il reste cependant une grande majorité de chevaux qui travaillent le dos creux, les postérieurs désengagés, les épaules effondrées, ce qui était le cas de Pakita…

Nos chevaux ne sont pas feignants. Il font avec leur propre possibilités physiques. Avoir conscience de ce qui se joue à l’intérieur même du cheval, c’est acquérir un peu de compassion et des connaissances qui pourrons nous permettre de les  aider dans leur progression, et ce, pour notre propre plaisir par la suite. Découvrir les sensations fabuleuses de légèretés et de facilités qu’un cheval équilibré peut procurer à son cavalier, cela n’a pas de prix ! ….

L’équilibre, la cadence des allures, le report de poids sur les postérieurs ne sont que le résultat de ce travail de fond qu’est le travail en extension d’encolure. La première pierre à l’édifice est la montée du garrot entre les scapula qui va permettre au cheval d’appréhender le report de poids sur les postérieurs petit à petit au fils des séances. Le travail en extension d’encolure est un formidable moyen d’arriver à cette prise d’équilibre et à cette modification ostéopathique et musculaire. Le déséquilibre créé par cette attitude (pas forcé d’ailleurs que la tête soit au sol) va obliger le cheval à travailler en remontant son garrot entre les scapulas. Il va donc être dans l’obligation de faire bon usage de toute la chaîne de muscles reliés au scapula et à l’épaule.  Et cela devient au fil des séances une attitude naturelle qu’il utilisera même en liberté.

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Ma prof a l’habitude de dire une expression que j’adore :  » pour avoir un cheval qui prend plaisir dans son corps et dans sa locomotion, il faut ne faut pas vouloir mettre les rideaux aux fenêtres  avant d’avoir construit les  fondations, sinon au premier coup de vent, la maison s’écroule !!! « …. C’est ce que les Docteurs Sautier et Pradier expliquent très clairement dans ce livre. Il faut savoir respecter chaque étape dans l’évolution tant orthopédique que musculaire du dressage de nos chevaux.

Nul n’est besoin de faire de la compétition de haut niveau pour connaître les besoins de son cheval. Cela permet d’éviter de tomber dans les dérives équestres où nos chevaux souffrent de notre ignorance. Respecter le temps des fondations, c’est aussi avoir l’assurance de vieillir avec un cheval en bonne santé, heureux et prêt à donner bien plus que ce que l’on peut attendre de nos rêves de cavalier.  Et c’est ce que nous recherchons tous dans notre équitation de loisir. Dans notre vie de cavalier, être arrêtés dans nos activités car nous avons un cheval qui boite, ce n’est pas le but …

Être passée sans-mors m’a évité de tomber dans les dérives d’une équitation « club ». Les actions mécaniques décuplant nos petits biceps via un side sont très limités. Je ne pouvais donc pas tricher en utilisant une autre force que celle de la simple volonté de ma jument.  Ce n’est pas à nous de porter le cheval, mais au cheval de nous porter. J’ai appris la patience.  Un travail bien mené peut certes paraître long, mais la récompense est à la hauteur de cet effort. Je ne remercierais jamais assez ma jument de m’avoir montré avec autant d’agressivité que mes exigences passées étaient inadaptées à ses capacités physiques du moment. Sans elle, je ne me serais jamais posé autant de questions …

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3 réponses à “La sortie du garrot – A la recherche de l’équilibre

  1. Exact…mais le PREMIER stade de la remontée du garrot correspond au redressement des apophyses épineuses des premières dorsales,permis par le travail en extension des muscles supérieurs de l’encolure.

    • Merci pour cette précision qui me parait tout à fait logique dans l’optique du travail en extension d’encolure que j’ai pu observer sur Pakita 🙂

      J’ai en effet omis de parler des muscles supérieurs de l’encolure qui pourtant participe pleinement à la tension du dos.

      Cela me parait maintenant une évidence. Lorsque j’ai écrit cet article, le stade de remonté du garrot était une étape dont personne (et pourtant je monte depuis l’âge de 9 ans…) ne m’a m’avais JAMAIS parlé. J’étais en pleine découvertes. 🙂

  2. Pingback: Une assiette équilibrée | Un rêve .. Un cheval ..·

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