Quand le redébourrage s’impose …

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D’une certaine manière, cela fait 5 ans que je « redebourre » ma jument.

Que devrait apporter un débourrage idéal ?

Bernard Chiris :

On appelle débourrage la période durant laquelle le poulain apprend à rester calme au montoir, à accepter et à porter sereinement le cavalier aux trois allures dans le mouvement en avant, à répondre aux aides élémentaires.
Le débourrage proprement dit est toujours précédé d’une phase de familiarisation du cheval et d’une mise en confiance.

Le débourrage est la première éducation montée donnée au cheval. Elle conditionne fortement la relation future entre le cavalier et sa monture, la qualité du dialogue qui s’instaure dans tout travail à cheval.
Cette période, particulièrement délicate, aura des conséquences souvent définitives sur le physique et le moral du jeune cheval dont l’étonnante mémoire conservera à jamais le souvenir.

Débourrer un cheval, ce n’est pas seulement obtenir du cheval qu’il accepte le cavalier sur son dos sans se défendre. C’est surtout établir une relation durable et de qualité entre le cheval et l’homme.

Revenons 5 ans en arrière … nous sommes loin de toutes ces belles notions !

La sérénité n’était qu’un rêve. Pakita était en défense perpétuelle de TOUTES propositions ou même approche de l’homme, que cela soit à pied ou pire montée. Elle vivait dans une bulle où toutes intervention de l’homme se soldait par une attaque (postérieurs, dents, jeté des antérieurs… et j’en passe ! ). Elle se sentait agressée par tous et rien.

L’ampleur de la tâche était colossale. Il fallait d’abord lui redonner confiance dans mes intentions. Lui montrer qu’il ne lui arriverait rien de mal en ma présence. Il était de ma responsabilité pour la sécurité de tous (y compris les autres personnes du club) de trouver un moyen pour renouer le dialogue.
Ma petite expérience de cavalière de club ne m’avait préparé en rien à ce genre de défi. C’est donc par bribe d’essais et à fort taux d’auto-coups de pieds au cul, que nous avons tatonnés à deux. Je ne jouerais pas les gros bras et j’avoues qu’elle m’a bien souvent impressionnée. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis, d’une certaine manière, de me modérer dans les « punitions » et surtout de m’avoir mis dans cet état de remise en questions.

Montée en mode « club » (mors, selle ans co…) ses défenses s’amplifiaient.

Pakita a pourtant été débourré gentiment par son ancienne propriétaire. Je n’étais pas présente au débourrage, mais de ce qu’elle m’en a raconté, elle n’a jamais eu aucun soucis, malgré son peu d’expérience avec les chevaux.

Alors que s’est il passé lors de l’essai chez la précédente potentielle acheteuse ? Quelle style de monte avait cette dame ? Quelle attitude a t’elle eu face à Pakita ?
Nous ne le saurons jamais vraiment. Tous ce que je sais, c’est qu’une expérience malheureuse de quelques minutes peut marquer à jamais la mémoire profonde d’un cheval.

D’instinct, il ma paru évident qu’il fallait que je me colle, malgré mon manque de grande expérience en domaine à l’époque, à un redébourrage sans mors et sans selle. Puisqu’il s’agissait des deux éléments qui mettaient Pakita en stress total. On m’a un peu prise pour une grand malade … « quoi ? une jument dangereuse, tu montes à cru et sans mors ! OMG »… il faut voire le coté positif, lorsque je montais, personne ne voulait partager le manége avec moi ! lol

J’ai fait de mon mieux durant les 3 premières années en naviguant entre des notions de respect et de confiance. Nous avons bien évolué sur le coté relationnel. Nous avons découvert Parelli et Pakita avait retrouvé une certaine joie de vivre. Les attaques se faisaient moins pressantes et ressemblaient plus à de la mise en garde sur des limites à ne pas dépasser. Je pouvais sans trop de problème monter avec une selle. Mais les oreilles en arrière, les rictus de ses lévres, son oeil blanc et parfois même ses coups de dents sur mes pieds me remettaient bien vite les pieds sur terre. Un cheval traumatisé le reste à vie !

C’était encore sans avoir pleinement conscience des réel soucis de locomotion de Pakita : son arrière main qu’elle refusait d’utiliser correctement et la mauvaise habitude prise à travailler à l’envers. Je pensais en effet que l’ostéo passé à de multiples reprises durant ces 3 dernièrs années, tous avait été réglé. J’en avais oublié le principal : l’imprégnation de la mémoire, ainsi que le peu d’assurance qu’elle entretenait sur ses propres capacités physiques.

Le problème restait intact … Pakita était une jument traumatisée au plus profond d’elle même et dans le refus catégorique de galoper monter. Nous avions parcouru une grande partie du chemin, mais cela ne suffisait pas.

Tout le monde y a bien sur été de son petit conseil. Le mot « irrespectueux » revenait souvent.

Lorsque j’ai commencé à travailler avec ma prof, elle m’a tout de suite conseiller de ne plus la monter durant tout le temps de sa rééducation fonctionnelle. Chose que j’ai fait. Pakita était encore emprisonnée dans une réelle armure de douleurs en tous genre.

Ma prof n’étant pas un monstre, je la monte tout de même de temps à autre à cru, sur de cours moments, pour ne pas que ma frustration prenne le dessus ! Cela fait un an ½ que nous travaillons donc à pied, en longe. Lorsque je monte, c’est toujours avec surprises et bonheur de découvrir toutes les nouvelles capacités de sa locomotion… un avant-goût rempli d’espoir, sur ce qui devrait nous attendre dans les mois à venir !

Il reste cependant un petit détail à régler… Ma prof s’est apperçue que Pakita n’avait pas la même attitude et la même locomotion une fois sanglée, donc, d’autant plus avec une selle et un cavalier. Perfectionniste dans l’âme et surtout en recherche permanente dans la priorité du bien être du cheval, nous nous sommes donc lancé dans un Nième redébourrage. Je l’espère le dernier !

Je me suis moi même rendu compte, que Pakita n’avait pas la même sérénité avec une selle qu’à cru. Ce n’est donc pas la présence du cavalier qui la dérange, mais bien la présence de cette chose qui lui enserre le ventre.

Vous allez me dire, Pakita supporte une selle ? un cavalier ? … alors roulez jeunesse … Certes ! mais pourquoi nous contentez de petites choses alors que nous pouvons voire plus loin ? Cela nous coutera au pire quelques mois de plus. Cela fait 5 ans que j’attends de galoper sur ma jument ! Je ne suis plus à un mois prêt …

Le but est de retrouver les même aptitudes sous la selle que ce que nous montre Pakita en longe. On sait pertinemment qu’une fois le cavalier (donc moi !) dessus, son équilibre s’en trouvera modifié. Je vais bien sur travailler ardemment ma position pour lui apporter tout le confort requis. Mais cela ne suffira pas. Nous devons d’abord faire en sorte qu’elle oublie cette sensation d’oppression que crée le sanglage.
Je le vois bien lorsque je mets le surfaix… son regard, son assurance, sa volonté change. Ses allures s’étriquent. Elle en oublie son shéma corporel. Il lui arrive de ne pas pouvoir fournir l’effort pour ajuster une foulée sur une barre au sol, au point de marcher dessus. Les allongements et le début de rassemblée qu’elle nous montre « nue », lui deviennent totalement impossible. Jusqu’au point de la remettre dans un dialogue virulent.

Bref, au même titre que nous avons bien avancé sur la mémoire portant sur ses douleurs et son accident, nous devons maintenant reporter ce même shéma sur l’acceptation dans la décontraction de cette sensation au sanglage.

Nous titillons, certes, mais quelque chose me dit que toute cette patience sera récompensée …

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2 réponses à “Quand le redébourrage s’impose …

  1. Avez-vous pensé à vérifier qu’elle ne souffrait pas d’ulcère? A peu près 80% des chevaux vivant en box en souffrent, on n’a pas de chiffres pour le pré. L’agressivité et la peur au moment du sanglage sont un des symptômes principaux, avec la boulimie dans bien des cas.

    • Elle ne vit pas en boxe.
      Et son agressivité était une forte défense destinée à l’humain. L’humain représentait un danger à pied, mais encore plus monter.
      Même encore maintenant, toute contrainte vaut les oreilles en arrière. Elle ne supporte toujours pas d’arçon dure sur son dos. Et je ne pense pas qu’elle en supporte un un jour…
      Le sanglage = selle = autorité déplacée du cavalier= potentiel danger pour elle… le blocage était autant mental que physique 🙂

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