Sans-mors

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Je viens d’un mouvement classique avec mors, fers, parfois rênes allemandes et rien ne me préparait vraiment à retirer le mors de Pakita. De plus, j’étais à cette époque dans le poney club où la mode tenait plus des enrennements que de la monte dite « éthologique ».

Toutes mes lectures, les quelques mois passés chez cet éthologue (que je ne recommande toujours pas…) m’a ouvert l’esprit sur d’autres manières de faire.

Le dentiste était passé, mais Pakita, un mors dans la bouche restait dangereuse. Je montais pourtant sur des rênes longues. Mais toute demande donnaient lieu à une défense plus ou moins importante. Elle battait à la main. Elle se mettait debout à toute demande de transitions descendantes. Elle luttait à l’encontre des demandes de direction en y opposant sa tête, son encolure et parfois toute son avant-main.

J’ai réfléchi dans un premier temps « classique», car on ne change pas ses habitudes du jour au lendemain. J’ai essayé plusieurs mors, jusqu’au Baucher. Plus je durcissais l’embouchure, plus elle se mettait en défense. Il fallait que je me rende à l’évidence, Pakita me réclamait du confort. Si je ne l’écoutais pas, je n’aurais jamais son attention.

Certains chevaux peuvent être contraints par la force et finissent par céder bien gentiment. D’une, cela n’a jamais été dans ma philosophie. J’ai toujours cherché à éduquer les chevaux que je montais par la compréhension. De deux, Pakita n’est absolument pas ce type de jument. Elle pouvait devenir réellement dangereuse. Elle n’hésite pas à se mettre debout, a attaquer et à mordre. Avec le recul, c’est une chance qu’elle soit rentrer dans cette communication, car à chaque instant, elle a pu me donner ses propres limites physiques et mentales. Des indications précieuses lorsque l’on s’engage sur la piste de la rééducation physique et mentale d’un cheval. Elle m’a obligé à l’écouter et j’ai appris la légèreté sous toutes ses formes, ainsi que la politesse. Une communication très fine a pu se mettre en place à partir de tous ces dialogues.

J’ai testé à pied, les effets de rênes sur un licol corde et Pakita semblait bien plus y porter attention qu’aux même demandes avec un mors dans la bouche.

Il m’est venu à l’idée de tester le licol corde sous le filet. Je montais donc à 4 rênes « au cas ou ». Pas d’illusions, j’avais peur de ma jument et je ne faisais pas ma fiérote. L’enseignement classique me disait de « faire attention ».

Dés la première séance, j’ai pu constater un très léger mieux. Enfin ! j’existais à ses yeux en tant que cavalière. J’ai pu l’arrêter calmement sans qu’elle renverse son encolure. Nous avons pu faire des changements de direction sans refus catégorique. Cette première fois m’a conforté dans mon choix. Au fils des séances, j’ai pu poser mes rênes de filet sur l’encolure et monter uniquement avec le licol corde.

Le jour où j’ai décidé (quelques semaines plus tard) de tenter le coup juste en licol, j’ai senti un grand soulagement de la part de Pakita, ainsi qu’une attention accrue à la position de mon corps tout entier.

J’ai cependant vite compris que le retrait seul du mors n’était pas encore suffisant. Pakita refusait qu’on lui tienne la tête. Elle refusait toute dominance physique de la part d’un humain. Sa confiance dans les aides du cavalier (mains/jambes…) étaient anéantis et résonnaient comme une agression de tout son être. Un redébourrage devenait évident.

J’étais à l’époque sur un forum à visée « western ». Je me suis donc aidé de l’utilisation du poids du corps. Cela fonctionnait admirablement bien. Au bout de quelques mois, j’ai pu la diriger totalement en posant les rênes du licol corde sur l’encolure

Bien entendu, dans l’environnement équestre où nous nous trouvions à cette époque, on m’a pris pour une dingue, pour une utopiste (déjà à l’époque ! mouhaha) … « depuis quand écoutes t’on les chevaux ? » Un cheval doit céder aux volontés de son cavalier, sinon ce n’est pas de l’équitation ! !
J’ai même entendu de la part de la monitrice, sur un petit air narquois qui en disait très long sur la réputation que j’étais en train de me faire en ces lieux : « quelle patience tu as, moi ça ferait longtemps que je lui serais rentré dedans ! ! ! ». Cette phrase résonne encore dans ma tête aujourd’hui et c’est ce qui m’a fait comprendre que pour poursuivre sa voie en toute sérénité, il vaut mieux de changer de milieu pour pouvoir avancer.

Certes, nous ne déroulions pas encore une reprise de dressage, mais ce que j’avais gagné était à mes yeux bien plus important que le regard des autres : son attention et un début de volonté à se laisser guider…

Cela fait maintenant 4 ans que Pakita n’a pas eus de mors dans la bouche et nous n’y pensons même plus…
Si je n’étais pas passé par cette grosse remise en question, je pense qu’à l’heure actuelle j’aurais revendu ma jument…

Par expérience, je peux actuellement affirmer que seule le retrait du mors n’est pas une solution « miracle» aux problèmes de tous les chevaux. Si NOTRE état d’esprit ne va pas avec, inutiles de tenter l’aventure.
J’ai retirer le mors à ma jument car cela devenait un « outils » qui mettait en péril toute envie de communication de sa part. Pour quelles raisons ? Probablement car son expérience passée a été douloureuse.

Je ne suis pas contre l’utilisation du mors. Mais je m’oppose à l’utilisation du mors dans les conditions que nous apprenons en club. On nous apprend que le mors est le « seul outil pour arrêter un cheval ». Une sorte de levier de vitesse magique… On serre, ça s’arrête. On nous apprend que le mors est utile à « placer » un cheval… on serre les doigts, voire on cisaille, on serre les jambes et hop la magie s’opère et le cheval se met dans une jolie position (le dos creux, mais ça ca se voit moins sous le tapis !). On nous inculque une utilisation du mors synonyme de contrainte. Cela me rappelle mes leçons de conduite pour passer mon permis de voiture.

Nos chevaux sont bien gentils… car c’est bel et bien de la contrainte dans l’idée de les faire céder par la douleur que l’on nous apprend en club. Nous sommes très loin de l’utilisation intelligente du mors dans la belle équitation d’antan, sur un cheval « en avant, calme et droit ».

J’ai un souvenir très présent de mes reprises en club où j’avais 50 kilos dans chaque bras avec un cheval sur les épaules. Ma jument fait dans les 700 kilos, j’estime que ce n’est pas à moi de la porter, mais à elle de le faire.

Mon but n’est pas non plus de monter « éthologique » sur des rênes longues au poids du corps. Le passage sans mors a été dans un premier temps, pour nous, LA solution à un problème donné. Je ne pense pas remettre le mors. Je monte actuellement avec un side très confortable pour le nez de Pakita, mais la rééducation physique ne s’est jamais situé au niveau de la tête. Un cheval, c’est d’abord un être pensant, capable de volonté, puis un dos, puis une arrière-main, puis une avant main. Et seulement si tous fonctionnent correctement, la tête va se placer naturellement. Bidouiller sur la bouche d’un cheval en pensant que tout le reste va suivre n’est qu’utopie et perte de temps. C’est le meilleur moyen pour rentrer dans le cercle vicieux du « dos creux ». Il faut savoir « perdre du temps » pour en gagner par la suite et goûter à l’équitation légère.

Un mors, un licol, quelque embouchure qu’elle soit, ne fait pas grand chose en fin de compte lorsque l’on est en recherche d’une équitation juste…. Cela ne fait pas un cheval capable d’utiliser son corps pour satisfaire nos désirs de dressage.

A noter également qu’un licol corde peut être aussi douloureux qu’un pessoa mis dans des mains sévères…
Apprendre à monter « juste », mors ou pas, selon ma propre expérience, cela ne change pas grand chose… Tous se passe dans NOTRE tête. Ce sont NOS peurs, NOS doutes, NOTRE état d’esprit, sur lesquels nous devons travailler. Cela n’est pas du ressort du cheval. Lui est ouvert à toute solution de confort et de dialogue.

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